Pour y voir plus clair, nous allons décortiquer un peu les mécanismes de la jalousie, ses fondements, et creuser aussi du coté de la psychologie pour essayer de comprendre quelles sont ses causes (menace réelle ou imaginaire) et quel est son véritable moteur : l’amour (à l’autre) ou bien au contraire l’amour propre (l’égo) c’est à dire tout sauf de l’amour


I - QU’EST-CE QUE LA JALOUSIE ?

a) Avant-Propos : différence entre envie et jalousie
Je n’évoquerai ici que la jalousie amoureuse (pléonasme), qu’il ne faut pas confondre avec l’envie.
En effet, lorsque notre voisin possède quelque chose que nous désirons et que nous ne pouvons pourtant pas acquérir (une nouvelle voiture par exemple, une belle piscine dans son jardin), nous en sommes envieux mais pas jaloux même si parfois certains emploient ce terme à tort. L'envie est une émotion due à l'insatisfaction d'un désir non comblé, d'un manque pour quelque chose ou quelqu'un que nous voulons mais qui n'est pas nôtre.

b) Définition
La jalousie est aussi une émotion, elle se révèle plus ou moins intense, empreinte d’angoisse et souvent d’agressivité (manifeste ou contenue) mais reposant sur un autre ressort que l'envie due au manque. La jalousie est consécutive à la peur de la perte de quelqu'un, la perte de l’être aimé.

Mais, me direz-vous, rien d’anormal à cela. Lorsque nous aimons quelque chose ou quelqu’un, il ne peut nous être égal de perdre ce bien ou de voir s’éloigner cette personne. Le problème avec la jalousie n’est pas tant l'expression de la peur que les raisons profondes, les manifestations et l’objet sur lesquels cette peur se fonde. C’est la toute la différence entre une simple et légitime peur de perte et la jalousie.

c) Les 3 Conditions

Notion de Possession
On ne peut avoir peur de perdre que ce que l’on croit posséder. Donc pour que la jalousie existe il faut aussi que dans l’esprit du jaloux pré-existe l’idée que l’autre est sa propriété, qu’il (elle) lui appartient.

Présence d’une tierce personne
En effet, si notre aimé tombe malade et risque de mourir, nous avons peur de le perdre, nous sommes peiné, angoissé, triste mais ne sommes pas “jaloux”.
Pour qu’il y ai jalousie il faut qu’intervienne une tierce personne, support le plus souvent fantasmé du délire.

Manque de confiance en soi / en l’autre
Si le jaloux n’avait aucun doute sur ses capacités à toujours entretenir l’amour de l’autre et s’il n’avait aucun doute sur l’amour que l’autre lui porte, il n’aurait aucune raison d’être jaloux. C’est donc aussi ce manque de confiance en soi et en l’autre qui favorise la jalousie.

Une fois ces éléments établis, passons à l’analyse.


II - LES CONDITIONS : LE RIVAL, LE PARTENAIRE ET LA CONCEPTION DU COUPLE CHEZ LE JALOUX

Pour qu’on puisse parler de jalousie il faut obligatoirement un objet externe représenté par un “concurrent” et le problème est que la plupart du temps les éléments sur lesquels se fondent cette peur sont imaginaires. A mon sens, les rivaux potentiels sont au jaloux ce que les maladies sont à l’hypochondriaque, c’est à dire pure délire !

a) Caractère irrationnel de la jalousie

Pour develloper ce propos cherchons une minute à raisonner logiquement (ce qui n’est évidemment jamais le cas du jaloux) :
S’il existe vraiment des raisons objectives de craindre la perte de l’être aimé (par exemple j’ai surpris physiquement ma(mon) partenaire dans le lit d’un(e) autre), c’est qu’il est déjà trop tard, déjà l’amour est perdu ou écorché. Il n’existe donc plus aucune raison d’avoir peur de le perdre, il est déjà mort. Laissons alors plutot place à la douleur, la colère, la peine, ou autre, mais toute jalousie est vaine.

A l’opposé si ce sont des raisons imaginaires qui motivent notre peur (j’ai surpris un regard entre mon partenaire et une autre personne et j’imagine que ce regard veut dire quelque chose), alors cette jalousie est tout aussi stupide puisque nous ne sommes pas réellement en danger, nous ne faisons qu’imaginer un danger (jusqu'à preuve du contraire).

Dans tous les cas, la jalousie n’est jamais fondée. Ce serait comme avoir peur d’être mangés par des vers de terre après notre mort. Si nous ne sommes pas mort, aucune raison d’être enterré, donc aucun risque de se faire bouffer par des asticots, et si nous sommes réellement mort, nous ne sommes plus là pour constater les dégâts de ces bestioles sur notre cadavre. Bilan, dans tous les cas cette peur serait irrationnelle !

Conclusion : la jalousie est irrationnelle, nous ne traitons donc plus avec la logique mais avec le déséquilibre psychologique.

b) Le rival

Une des caractéristiques de la jalousie est justement qu’il n’y a pas réellement de rival, le problème étant, comme on l’a vu plus haut, le délire du jaloux lui-même.

Les comportements de la seconde personne suscitant la jalousie chez la première, varient : regards, propos, don d’objet(s), petites attentions, etc. On peut parfois être jaloux de tout un groupe. La jalousie peut même être suscitée par un comportement ordinairement considéré anodin (simplement regarder une personne dans la rue, par exemple). J’ai même personnellement connu une fille qui me faisait des scènes lorsque j’avais le malheur de regarder les mannequins en cire dans les vitrines des magasins. Et lorsque j’essayai de souligner le caractère délirant de ce comportement, elle le justifiait en m’expliquant que si je regardais ces mannequins en vitrine, cela sous-entendait que j’appréciais les filles qui avaient les mêmes mensurations, mensurations que ma copine n’avait pas et donc que, potentiellement, je risquais un jour ou l’autre de la quitter pour une sylphide !!!
Ça va très loin. Idem si je me risquai à des commentaires sur une jolie actrice dans un film. J’ai eu le malheur de dire, à la sortie du film Lara Croft, que je trouvai Angelina Jolie séduisante, bilan, un week end entier ou ma copine m’a fait la gueule ! (je précise que je n'ai jamais eu de relation avec Angelina)

Le rival n’existe donc le plus souvent que dans la tête du jaloux qui pourra interpréter tout et n’importe quoi comme une mise en danger potentielle à venir, comme un risque de perte de l’objet aimé. Lagache écrivait à ce sujet que le problème vient de “la signification que le jaloux donne à son expérience et non le bien-fondé ou le mal-fondé de sa croyance.”

c) L'objet prétendument aimé

Le jaloux n’a naturellement pas confiance en son partenaire, non pas parce que l’autre n’en n’est pas digne mais plutôt parce qu'en plus le jaloux prête inconsciemment à l’autre le manque de confiance dont il souffre lui-même. En poussant le raisonnement plus loin encore, le jaloux peut prêter à l’autre des pulsions d’infidélité qu’il ressent et qu’il refoule.

C’est un autre des mécanismes de la jalousie, mécanisme qui a d’ailleurs été décrit au début du siècle dernier par Freud dans ce qu’il appelait la jalousie projetée. Type de jalousie qu’il opposait à “la jalousie concurrentielle ou normale” et à la jalousie dans sa forme la plus délirante “la jalousie paranoïaque”.

Freud écris dans un essai intitulé "Sur quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l'homosexualité", 1922:
"La (...) jalousie projetée provient de la propre infidélité dont le sujet fait preuve dans la vie ou d'impulsions à l'infidélité qui ont succombé au refoulement. C'est un fait d'expérience quotidienne que la fidélité, surtout celle qui est exigée dans le mariage, ne peut être maintenue que contre des tentations constantes. Celui qui dénie ces tentations ressent pourtant leur pression avec une telle force qu'il a volontiers recours à un mécanisme inconscient pour se soulager. Il atteint un tel soulagement, voire même un acquittement vis-à-vis de sa conscience, en projetant ses propres impulsions à l'infidélité sur l'autre partie, et pourrait se justifier par la réflexion que le ou la partenaire n'est vraisemblablement pas meilleur que soi-même.
Les usages sociaux ont tenu compte de cet état de choses d'une manière avisée en permettant un certain jeu à l'envie de plaire de la femme mariée et à l'envie de conquérir de l'époux, dans l'espoir de drainer ainsi l'inexorable penchant à l'infidélité et de le rendre inoffensif. La convention établit que les deux parties n'ont pas à se tenir rigueur de ces petits écarts en direction de l'infidélité, et elle obtient la plupart du temps que la convoitise qui s'est enflammée pour un objet étranger soit satisfaite, dans un certain retour à la fidélité, auprès de l'objet propre. Mais le jaloux ne veut pas reconnaître cette tolérance conventionnelle, il ne croit pas qu'il y ait d'arrêt ou de retour une fois que le chemin a été emprunté, ni que le "flirt" mondain puisse être une assurance contre une infidélité réelle".

A son stade le plus poussé, la jalousie devient carrément paranoïaque, et quand on a bien saisi les mécanismes de la jalousie, même la “petite” jalousie, on comprend sans peine qu’elle n’a rien de raisonnée. A ce sujet, Chabrol à réalisé en 1994, “L’Enfer” un film excellent avec François Cluzet et Emmanuelle Béart ou l’on voit comment dans un couple, le mari bascule progressivement de la jalousie “normale” à la jalousie paranoïaque. A voir

En bref, comment peut-on prétendre aimer quelqu'un en lequel on n'a visiblement aucune confiance. Quelqu'un à qui l'on prête des inttentions malveillantes comme l'infidélité et la trahison ? Nous le verrons aussi dans le chapitre suivant, comment peut-on prétendre aimer quelqu'un que l'on prive de sa liberté de fréquenter, regarder, sourire, parler à qui bon lui semble ?

d) Vision du couple : quand deux ne font qu’un

Le problème vient aussi de la vision que le jaloux a du couple. Une conception fusionnelle. Sans l’autre il n’est rien et sans lui l’autre ne doit pas exister non plus.

Cette vision autarcique, enfermante, possédante du couple, mène à coup sur à la jalousie et toute menace (fantasmée ou réelle) apparaît alors non seulement comme un danger par rapport à la pérennité de la relation amoureuse mais aussi par rapport à l’identité même, à l’équilibre du jaloux qui n’a d’univers et de vie qu’à travers l’autre, qui ne trouve sa place, son identité que dans le couple, se retrouverait de ce fait dépossédé de son identité, deviendrait en quelque sorte un corps sans tête si jamais le couple se disloquait.

Dans le couple, quand deux ne font qu’un, un n'est jamais égal à une moitié mais est égal à zéro. A ce compte, pour qui possède une telle vision du couple, jamais rien ne doit pouvoir séparer ses composantes et tout devient une menace d'où inévitable jalousie.


III - JALOUSIE : PREUVE D’AMOUR ?

Nous avons vu les conditions, mais finalement, certains d'entre vous pourront toujours m'opposer ce lieu commun :
"la jalousie n’est-elle pas quand même une manifestation de l’amour et de l’importance qu’on donne à l’autre ?"

Le postulat justifiant les conduites jalouses est systématiquement : “je l’aime, donc forcement si je la vois ou même la soupçonne d’accorder son attention à un autre je suis jaloux”. Vu sous cet angle la jalousie serait presque une preuve d’amour.

Image d'Epinal, cliché séculaire, idée certes répandue mais totalement fausse à mon sens.

Pourquoi ?

Tout simplement parce que ce qui nourrit la jalousie n’a rien à voir avec l’autre mais bien au contraire avec soi-même et c’est ce qui la rend intolérable.

Je m’explique.

Ce qui motive le jaloux est tout autre et le discours qu’il devrait tenir s’il était conscient ou honnête serait plutôt :

“Je considère que l’autre est à moi, il est ma propriété, il me procure du bien-être et je ne souhaite pas en être dépossédé. Je ne veux pas prendre le risque de le perdre, d’être abandonné donc je dois l’empêcher de s’échapper, l'empêcher de lui laisser l’opportunité de s'apercevoir qu'il y a “mieux” ailleurs. Je ne suis pas certains d’être réellement digne de cet amour et encore moins sûr d’être à la hauteur pour aimer l’autre (affectivement et/ou sexuellement), pas convaincu que je représente pour lui (elle), l'amour et la vie que je lui offre suffisent à le (la) retenir. Je n’ai alors d’autre solution que lui imposer des oeilléres en veillant à ce que personne ne s’en approche et qu'il(elle) n'approche personne. Je dois aussi veiller à ce que celle (celui) que j’aime culpabilise de toute tentative (même imaginaire) d’éloignement ou de fuite. Je suis une victime, l'autre est mon bourreau.”

Pour sortir de l’exemple et résumer en termes clairs : ce qui sous-tend la jalousie c’est :
- la possession
- la propriété
- l’insécurité
- la peur de l’abandon, peur de la dépossession
- le manque de confiance en soi
- le doute dans sa capacité à aimer, donc à se faire aimer

Ce qui en découle est :

- le contrôle de l’autre
- la séquestration morale ou/et physique
- la volonté de faire culpabiliser l'autre en endossant un rôle de victime.

Pensez-vous une seule seconde que ces qualificatifs sont des synonymes du mot AMOUR quand l’amour se définie tout au contraire par les qualificatifs opposés tels que le don, la générosité, la confiance, l’échange, le bonheur de l’autre tout autant que le sien sinon plus, le libre arbitre ?

On voit bien que tout ce qui sous-tend la jalousie ne se rapporte jamais à l’être aimé mais toujours au jaloux lui-même. Ça n’est pas à l’autre que le jaloux pense en premier, mais bien à sa propre personne. C’est d’Ego dont on parle ici et pas d’Amour. L’Ego étant, rappelons-le bien l’opposé de l’Amour. L’Ego c’est de l’amour certes, mais de l’amour pour soi, de l’amour propre.

Bien qu'il s'en défende toujours, le jaloux n’en a objectivement rien à fiche de l’autre. Malgré ce qu'il ne cesse de prétendre, il pense en réalité d'abord et en priorité à lui même, et n’est concerné que par sa condition de propriétaire lésé du bien qu'il croit posséder (son partenaire) et qu'il n'a pas l'intention d'abandonner. Entre parenthèses, c'est aussi une différence caractéristique entre l'envie et la jalousie, la première débouche sur une dynamique positive (acquérir, conquérir) alors qu'au contraire la seconde débouche sur une dynamique négative (empêcher, retenir).

Lorsqu’on garde un lion en cage est-ce vraiment pour privilégier son bien-être, par amour pour l'animal ou bien pour notre plaisir égoïste (et notre intérêt vénal) de profiter de sa présence captive dans un cirque ou un zoo. Vous connaissez la réponse.
Si on aime réellement un animal dont la nature est de courir la savane, on ne l'enferme pas dans une cage (même dorée).

Lorsqu’on pense vraiment à l’autre, lorsqu’on aime vraiment l’autre on ne cherche pas à le contrôler, le manipuler, le culpabiliser, le posséder, le bâillonner, l’enfermer, l’espionner, ni même, à l’extrême, le retenir d’être heureux ailleurs si c’est là qu'il veut aller, pensant (à tort ou à raison) y trouver le bonheur.

Vu sous cet angle, qui peut désormais prétendre que la jalousie est une manifestation de l’intérêt qu’on porte à l’autre, une preuve d’amour ?

C’est bien tout le contraire. Le jaloux n’est qu’un égoïste qui s’ignore, un petit dictateur insécure cherchant à régner sur la vie de l'autre. Et je crois avoir déjà abordé plus haut cette notion cruciale de “confiance en soi” dans les mécanismes de la jalousie.

"L'absence de jalousie n'est-elle pas une preuve d'indifférence totale ?" :
NON c'est exactement l'inverse !
Oui mais alors, certains retorquerons que lorsque l'autre detourne de nous ses attentions au profit d'un rival, l'absence de jalousie serait une preuve d'indifférence de notre part. Car si on n'aime, comme je l'écrivais au début de ce billet, on ne peut logiquement pas rester indifférent quand l'autre semble s'éloigner.

Tout à fait, et ce serait vrai si la jalousie était l'unique facon d'exprimer le mal-être qu'on connaît lorsqu'on sent l'autre s'éloigner de nous. Sauf que la jalousie n'est pas la seule facon de manifester ou d'exprimer le manque d'attention ressenti, la sensation pénible d'abandon ou de perte d'amour. Il y a une foule d'émotions et de sentiments qui peuvent prendre la place de la jalousie et qui sont bien plus rationnels et sains dans cette situation.

Exemple : Si je suis à une soirée et que ma "fiancée" passe tout son temps à rire avec un autre, à lui lancer des regards complices ou pire, à avoir des gestes tendres à son endroit, me laissant seul dans un coin et ne me prêtant pas la moindre attention, ça n'est pas de la jalousie que j'éprouverai mais plutôt de la tristesse, de la peine, de l'incompréhension, à la limite une certaine colère si elle exagère. Ces sentiments prouvent qu'il n'existe aucune indifférence de ma part dans la situation donnée. Je ne m'en "fiche pas" mais par contre, aucune jalousie manifeste car dans mon esprit, l'autre ne m'appartient pas. Ca ne sera pas le fait qu'elle puisse apprécier aussi une compagnie qui ne serait pas exclusivement la mienne qui me peinera, ni la crainte qu'elle me préfère à un autre, mais seulement sa conduite indifférente à mon égard et ce que cette conduite sous-entend (peut-être ne tient-elle pas véritablement à moi).
Donc ne pas être jaloux ne veut pas dire être indifférent, tout comme être jaloux ne veut sans doute possible dire être amoureux.
J'irai même plus loin. La capacité à ne pas se laisser happer par la jalousie est la preuve d'un amour sain et véritable où l'autre est aimé pour ce qu'il est et non parce qu'il vous appartient.

"La plupart des gens sont un peu jaloux, la jalousie est donc normale" :
NON Ca n'est pas une raison !
On lira pratiquement partout que la jalousie, lorsqu’elle est mesurée, est “normale” dans une relation. En tous les cas il semble qu’elle soit communément acceptée comme indissociable d’une relation amoureuse. Doit-on pour autant la considérer comme normale sous prétexte qu’elle touche une majorité de couple ? Je ne crois pas. En effet, si on considère toute majorité comme une norme, alors pourquoi ne pas considérer dans un pays où une majorité de la population n’a pas accès aux études, que l’analphabétisme est “normal”, ou encore dans une population où la majorité survit avec 1 euro par jour, que la pauvreté est “normale”.

Contrairement aux idées de Freud, je ne pense pas qu’il existe une jalousie normale ou alors il faut considérer ce terme dans le sens “beaucoup de couples connaissent une certaine forme de jalousie” mais il est anormal d’être jaloux quand on aime et je considère la jalousie comme une forme de névrose (par opposition à la normalité). Même si elle n’est pas pathologique, elle n’en reste pas moins à mes yeux une conduite anormale quand on prétend aimer réellement quelqu’un.


IV - CONCLUSION

Si l'on considère l’amour comme un désir de possession exclusive de la personne aimée et non comme une rencontre dont l’objet nous échappe, dont l’objet restera toujours extérieur à nous, même si nous coexistons avec lui le temps de la relation. Si nous considérons l’amour comme l'idéal d'autosuffisance des amants ("Je serai tout pour toi et tu seras tout pour moi", énoncé par la Loi) alors la jalousie se justifie surtout si elle est amplifiée par le manque de confiance en soi et le sentiment d'insécurité, par la peur fondée ou infondée de ne pas "être à la hauteur" ou concurrencé par un rival plus audacieux et plus expérimenté, notamment sur le plan sexuel.

Si au contraire, comme cela devrait toujours être le cas, il n’y a pas de notion de possession et de fusion dans le couple, alors il n’y a pas de jalousie. En ceci je rejoindrai Serge Chaumier, qui écrit “La jalousie n'est pas le signe de l'amour, mais une marque de l'insécurité et de la dépendance. Elle est liée au projet du couple construit sur un idéal de fermeture : quand on n'existe que par l'autre, le moindre détournement du regard est une négation de son identité". (La déliaison amoureuse, 1999)

Se méfier de la jalousie et des jaloux comme de la peste, voilà le meilleur conseil que je pourrai donner. Au-delà du fait que la jalousie, dans son expression est le plus souvent néfaste au couple et assez destructice, elle met en lumière des problèmes psychologiques et un déséquilibre (celui du partenaire jaloux) qui sont précurseurs de biens d'autres problèmes à venir. La personne qu'aime vraiment un jaloux,consciemment ou non, n'est que lui-même. Chez un couple "équilibré" toute notion de contrôle de l'autre et de propriété devrait être absente pour assurer une relation perrenne et constructive, une relation dans laquelle le véritable sentiment amoureux a sa place, une relation où son bonheur passe d'abord et en priorité par celui de l'autre.

Il me vient en tête une citation de la Rochefoucauld (1613-1680) qui répond presque à la question de départ :
"Il y a dans la jalousie plus d'amour propre que d'amour" mais pour résumer idéalement ce billet je modifierai légérement cette citation et dirais plutôt :
"Il n'y a pas une once d'amour dans la jalousie, tout au plus, de l'amour propre"

Enfin, pour élargir et clore le sujet, soulignons que l'amour repose avant tout sur la liberté, s'en nourrit, et toute idée de possession est antinomique avec celle d'amour. En amour, personne n'appartient à personne. Echanges, engagement, volonté commune de construire, complicité, don, générosité en sont les composantes, mais surtout pas la possession. Un enfant n'est pas plus la propriété de ses parents, qu'un conjoint n'est la propriété de celui ou celle avec qui il partage sa vie. Co-habiter, co-exister ou être responsable de l'autre (dans le cas de parents) ne veut pas dire possèder. Et si nous avons, à tort, l'impression d'appartenir ou de possèder l'autre (ma femme, mon mari, mon fils) il ne s'agit que d'un leurre lexical (dont la responsabilité revient en grande partie à l'église qui diffuse largement et injecte depuis toujours ces concepts destructeurs de propriété dans le couple via le mariage).

En amour on se donne à l'autre parce que qu'on en a envie, parce qu'on est libre et que ce choix de gré à gré nous fait plaisir, pas parce qu'on est forcé, enchainé, sous pression ou qu'on nous ôte notre libre arbitre. L'obligation comme la possession étouffent et détruisent l'amour. Abaisser son conjoint au rang d'esclave qui n'a d'autres alternative que de nous servir affectivement n'a plus rien à voir avec l'amour. Je termine en rappellant qu'au delà même de l'amour, depuis l'abolition de l'esclavage dans nos sociétés modernes et à priori évoluées, seuls les biens peuvent nous appartenir, pas les gens.


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